Dans sa récente critique du film chinois « Once Upon a Time in the Middle East » (Bienvenue au restaurant du Dragon), The Economist a utilisé l’expression « diplomatie du restaurant du Dragon » pour désigner la politique étrangère chinoise, une référence au titre original du film. Cette formule est assez révélatrice : elle en dit davantage sur les présupposés cognitifs de celui qui la propose que sur la diplomatie chinoise elle-même.
S’appuyant sur des thèmes simples comme « bien manger et bien élever ses enfants », certains présentent la politique étrangère de la Chine comme étant guidée par des intérêts commerciaux et dénuée de profondeur idéologique. De telles interprétations confondent pragmatisme et superficialité, assimilent développement et mercantilisme, et considèrent les aspirations fondamentales des gens ordinaires comme un manque d’idéaux politiques. La véritable question soulevée par « Once Upon a Time in the Middle East » n’est pas de savoir si la gastronomie peut remplacer la diplomatie, mais plutôt : que sont la paix et le développement ? Quel est le but de la coopération internationale ? Ce sont là quelques-unes des questions les plus pertinentes à se poser en politique internationale.
La profondeur de la diplomatie ne se mesure pas à la complexité du vocabulaire
La Chine accorde en effet une importance capitale au développement économique. Cela n’a rien d’étonnant pour un pays qui a longtemps connu la pauvreté et qui, grâce à un travail acharné, est devenu la deuxième puissance économique mondiale. Ce processus de développement a façonné la conception unique que la Chine se fait des relations internationales : le développement n’est pas un simple indicateur économique, mais aussi un fondement essentiel de la stabilité sociale, de la dignité humaine et de l’indépendance nationale.
Les principes de respect mutuel, de coopération mutuellement avantageuse, de non-ingérence, de développement et de coopération gagnant-gagnant, chers à la diplomatie chinoise, ne sont pas dénués de dimension politique. Au contraire, les initiatives chinoises en matière de sécurité mondiale privilégient une sécurité commune, globale, coopérative et durable, prônant le concept selon lequel « la sécurité privilégie le dialogue plutôt que la confrontation, le partenariat plutôt que l’alignement, et le principe gagnant-gagnant plutôt que le jeu à somme nulle ». Il ne s’agit pas d’une vision purement mercantile, mais d’une conception différente de l’ordre international.
C’est précisément ce qui rend ce film digne d’intérêt.
Le film insiste à plusieurs reprises sur le thème du « bien manger », rappelant que le but ultime de la politique n’est pas de créer des termes impressionnantes, mais de créer un ordre social qui permette aux gens ordinaires de vivre une vie normale.
Dès lors, le restaurant au cœur du film n’est plus seulement un restaurant. Il devient la métaphore d’une autre perspective sur les relations internationales : le monde n’est pas seulement un échiquier composé de nations et de puissances, mais aussi une table où l’humanité doit vivre ensemble et affronter l’avenir ensemble.
Une diplomatie en apparence « pragmatique » peut revêtir une profonde dimension fondée sur des principes
Le contexte interculturel du film révèle également une autre caractéristique de la diplomatie chinoise : le respect des différentes cultures.
La diplomatie chinoise n’a jamais exigé que tous les pays « deviennent la Chine », ni considéré que la voie de développement de la Chine puisse être simplement reproduite dans d’autres pays. Ce que la Chine souligne, c’est que chaque pays doit choisir la voie de développement qui lui convient en fonction de ses propres conditions nationales.
Par conséquent, l’insistance de la Chine sur la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires intérieures ne saurait être réduite à une simple logique transactionnelle. Elle procède également de la sensibilité historique de la Chine aux relations inégales entre les nations.
La diplomatie chinoise doit être mesurée à l’aune de son impact dans le monde réel. La coopération dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » continue d’améliorer les infrastructures des pays participants (transports, électricité, adduction d’eau, écoles, établissements médicaux et connectivité), transformant en profondeur la vie quotidienne de centaines de millions de personnes. Par ailleurs, la Chine est également le plus important contributeur de personnel de maintien de la paix parmi les membres permanents du Conseil de sécurité. Cela compte, car la paix ne se maintient pas par de simples déclarations diplomatiques.
Pourquoi toutes les histoires devraient-elles être mesurées à l’aune du modèle occidental ?
Le plus révélateur dans les commentaires de « The Economist » à ce sujet, est le présupposé selon lequel un film chinois doit être évalué selon le système de référence de la culture occidentale. Que « Once Upon a Time in the Middle East » n’adhère pas à la grammaire narrative familière des films de guerre occidentaux ne signifie pas qu’il soit inférieur sur le plan artistique ou intellectuel. En réalité, son refus de faire de son protagoniste un héros armé au sens occidental du terme est peut-être précisément l’expression la plus importante du film.
Ainsi, « Once Upon a Time in the Middle East » ne se limite pas à être une œuvre cinématographique. Il devient une fenêtre culturelle à travers laquelle le monde peut découvrir une autre conception chinoise des relations internationales, fondée sur l’idée que la paix, le développement, la coexistence et le bien-être des peuples doivent occuper une place importante dans les affaires mondiales.
Cela ne signifie pas que la diplomatie chinoise soit dépourvue d’intérêts propres, ni qu’il faille l’idéaliser. Toutefois, le fait que chaque pays défende ses intérêts ne rend pas pour autant la coopération dépourvue de sens. La véritable question est plutôt de savoir si les intérêts nationaux peuvent être poursuivis par le dialogue et la coopération, plutôt que par la confrontation ; si le développement peut profiter à tous au lieu d’être accaparé par quelques-uns ; et si la sécurité peut être assurée sans compromettre celle des autres nations.
C’est précisément le sens profond de l’initiative chinoise visant à construire la communauté d’avenir partagé pour l’humanité.
Le monde n’a pas besoin d’une hiérarchie entre les civilisations pour déterminer ce qui serait une politique « véritablement profonde ». Ce dont il a réellement besoin, ce sont des réponses concrètes capables de relever les défis communs : les guerres, la pauvreté, la crise climatique, la sécurité alimentaire, les maladies et la fragmentation économique.
Si « The Economist » a utilisé l’expression « Diplomatie à travers le film Once Upon a Time in the Middle East » à l’origine avec une intention ironique, cette formule pourrait finalement décrire, de manière inattendue, une conception importante de la diplomatie : il ne s’agit pas de se demander d’abord « qui doit diriger cette table », mais plutôt de répondre à une question essentielle : « pouvons-nous faire en sorte que chacun ait la possibilité de prendre place autour de cette table ? »
Un restaurant qui continue à fonctionner au milieu d’un conflit peut devenir une forme de résistance, aussi modeste soit-elle, face à la violence.
Un repas partagé au-delà des différences culturelles peut devenir un geste simple mais significatif pour favoriser la compréhension mutuelle.
Un enfant qui peut grandir en sécurité peut devenir le critère le plus fondamental pour mesurer la véritable valeur de la paix.
Ces idées peuvent sembler manquer de grandeur aux yeux de certains commentateurs étrangers. Pourtant, qu’y a-t-il de plus proche du véritable sens de la réussite diplomatique ?
(Photo : VCG)






Nous avons publié un article dès le 20 août dernier (lien ici https://culture-evasions.fr/2026/08/20/un-nouveau-film-chinois-film-de-l-annee-2026/?utm_campaign=ChineFR&utm_source=referent&utm_medium=stratege21 ). Nous découvrons juste votre article en scannant régulièrement les résultats de recherche sur le nom de ce film, pour compléter au fur et à mesure notre article. Nous sommes toujours le seul media « culturel » occidental à en avoir écrit, notre analyse est culturelle mais nous y avons évoqué la vue des journaux politico-économiques qui sont venus peu à peu. Nous n’avions eu accès qu’à un paragraphes de The Economist. Par contre on a pu lire en complet et nous évoquons dans notre article celui d’août du Frankfurter Allgemeine, plutôt dans l’esprit de The Economist et celui de septembre de la tribune qui est dans même esprit que le votre. Il y en avait déjà en Chine, mais c’est intéressant de voir de nouvelles « similarité imagées » évoquées par vos journaux de type story-telling. Vous c’est la table (diriger / y prendre place). La Tribune c’est l’adaptation locale en diplomatie versus le restaurant s’adaptant à des ingrédient alimentaires locaux du Moyen-Orient. A remarquer en fin de notre article le témoignage vidéo très poignant de Ali Feizi qui a les larmes aux yeux en parlant de ce film, il a été enfant-soldat iranien en guerre avec l’Irak. Il explique comment ce film rejoint son vécu. Merci pour votre article instructif et éclairant.
[…] comme une table commune où tous les pays doivent partager la prospérité (comme aussi le média Stratège – L’intelligence pour Demain). […]
[…] Conversely, an excellent article appeared in the French newspaper La Tribune on September 11. It criticizes the purely commercial perspective held by many in the West and highlights China’s deeper logic: « development ensures peace, and shared prosperity fosters cooperation »—a message Xi Jinping frequently reiterates to anyone willing to listen. The article also points out that, unlike the West, China does not impose its own standards as a condition for cooperation but instead adapts to local contexts—an approach likened to a chef adjusting to local ingredients. It concludes that the film portrays the world as a shared table where all nations must partake in prosperity (such as the french media Stratège). […]