spot_imgspot_img

Top 5

spot_img

À lire aussi

Robots humanoïdes : le vrai record à battre n’est peut-être pas celui d’Usain Bolt

8,86 secondes. C’est désormais le temps réalisé sur 100 mètres par un robot humanoïde chinois.

Lors des deuxièmes World Humanoid Robot Games, organisés à Pékin, Tiangong a d’abord parcouru la distance en 9,39 secondes, passant sous les 9,58 secondes du record du monde établi par Usain Bolt en 2009. Quelques jours plus tard, il a encore abaissé son temps à 8,86 secondes.

L’image est spectaculaire et la comparaison avec Bolt, inévitable. Mais elle est aussi trompeuse : un robot et un athlète ne participent évidemment pas à la même compétition.

Le chiffre le plus intéressant est peut-être ailleurs.

Lors de la première édition de ces Jeux, en 2025, le meilleur robot avait couru le 100 mètres en 21,50 secondes. Un an plus tard, le temps a été plus que divisé par deux.

C’est cette vitesse de progression, davantage que le duel symbolique entre l’homme et la machine, qui mérite l’attention.

Courir pour apprendre

Pourquoi faire courir des robots ?

À première vue, un 100 mètres peut ressembler à une démonstration destinée à produire des images spectaculaires. Pourtant, courir vite sur deux jambes constitue un exercice particulièrement exigeant pour une machine.

À chaque foulée, le robot doit maintenir son équilibre, coordonner ses articulations, adapter sa trajectoire et contrôler son corps à une vitesse élevée. Plus il accélère, plus les erreurs deviennent difficiles à corriger.

Les images de Pékin montrent d’ailleurs les deux faces de cette progression. Certains robots atteignent désormais des vitesses impressionnantes, mais plusieurs ont encore du mal à ralentir après la ligne d’arrivée, allant parfois terminer leur course contre les protections installées au bout de la piste.

La performance est donc réelle. Ses limites le sont aussi.

C’est précisément ce qui donne un intérêt technologique à ce type de compétition : pousser les machines à leurs limites permet de faire apparaître très rapidement les problèmes de contrôle, de stabilité, de coordination ou de résistance mécanique.

Du spectacle au laboratoire

Les World Humanoid Robot Games ne se limitent d’ailleurs pas à la course.

Cette année, plus de 2 000 robots issus de 666 équipes et de 16 pays participent à 51 épreuves. À côté du football, de la danse ou de l’athlétisme figurent également des compétitions liées à des tâches industrielles et à des situations de la vie quotidienne.

Le sport devient ainsi une sorte de laboratoire grandeur nature.

Courir, sauter, garder son équilibre ou se relever après une chute ne sont pas des capacités destinées uniquement à battre des records. Elles testent des fonctions qui seront nécessaires si les robots humanoïdes doivent un jour évoluer de manière autonome dans des usines, des entrepôts ou des environnements conçus pour les humains.

C’est là que le record de Pékin prend une autre signification.

Il y a encore quelques années, l’enjeu était de montrer qu’un robot humanoïde pouvait marcher sans tomber. Aujourd’hui, la compétition porte sur la vitesse, l’équilibre, la coordination et l’autonomie.

La question n’est progressivement plus seulement : « Est-ce que cela fonctionne ? »

Elle devient : « Jusqu’où peut-on améliorer les performances ? »

Mais courir vite ne suffit pas

C’est aussi là qu’il faut relativiser l’enthousiasme provoqué par les records.

Un robot capable de courir 100 mètres en moins de neuf secondes n’est pas nécessairement un robot capable de travailler huit heures dans une usine.

Dans les applications industrielles, d’autres critères seront probablement beaucoup plus importants : la fiabilité sur la durée, la précision des mouvements, la consommation d’énergie, la capacité à manipuler des objets, l’autonomie dans un environnement complexe et, surtout, le coût.

Un robot extrêmement rapide mais incapable de répéter une tâche des milliers de fois sans erreur aura peu d’intérêt économique.

Le véritable passage de la démonstration technologique à l’industrie se jouera donc moins sur une piste d’athlétisme que dans les usines.

Mais les deux ne sont pas totalement séparés.

Les progrès réalisés sur la locomotion, l’équilibre ou le contrôle du corps peuvent ensuite être réutilisés dans des machines destinées à d’autres usages. Et la compétition accélère cette expérimentation en permettant à de nombreuses équipes de confronter leurs solutions dans les mêmes conditions.

Une compétition qui s’accélère

La Chine a fait des robots humanoïdes l’un des terrains visibles de sa compétition technologique. Les Jeux de Pékin en offrent une illustration particulière : plus de 2 000 machines réunies au même endroit, des dizaines d’épreuves et des performances qui progressent à un rythme inhabituel.

Il serait pourtant prématuré d’en conclure que les robots humanoïdes sont prêts à entrer massivement dans notre quotidien.

Entre un prototype capable de battre un record et une machine fiable, autonome et économiquement rentable, la distance reste considérable.

Mais le passage de 21,50 secondes à 8,86 secondes en un an rappelle aussi à quelle vitesse certaines barrières techniques peuvent tomber.

Le vrai record à battre n’est donc peut-être pas celui d’Usain Bolt.

Ce sera celui du coût, de la fiabilité et de l’utilité.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Incontournables