spot_imgspot_img

Top 5

spot_img

À lire aussi

Feng Fan, l’entrepreneur chinois qui rêve de produire de l’électricité dans l’espace

Dans le sac à dos de Feng Fan, il y a souvent quelques cellules photovoltaïques. Selon son interlocuteur, il peut en sortir une destinée à un clavier, un capteur ou une serrure connectée.

Mais à 29 ans, le fondateur de Yanhé Technology regarde déjà beaucoup plus loin. Son ambition ultime n’est pas seulement de faire fonctionner des objets grâce à la lumière : il veut un jour produire et distribuer de l’électricité dans l’espace.

Né en 1997 à Zibo, dans la province du Shandong, Feng Fan a étudié la chimie des matériaux à l’Université de Pékin, tout en suivant un double cursus en économie, avant de poursuivre ses études à Columbia University. Après des expériences dans la finance puis chez DP Technology, une start-up chinoise spécialisée dans l’AI for Science, il décide en 2024 de créer Yanhé Technology avec Peng Zongyang, également diplômé de l’Université de Pékin.

Leur technologie : le pérovskite, une nouvelle génération de cellules photovoltaïques pouvant être légères, flexibles et capables de fonctionner sous une faible luminosité.

Plutôt que d’affronter directement les géants chinois du solaire sur les grandes centrales photovoltaïques, les deux entrepreneurs choisissent un terrain beaucoup plus modeste : l’électronique grand public.

Claviers, souris, serrures intelligentes, capteurs… L’idée consiste à utiliser la lumière ambiante pour alimenter des objets qui dépendent aujourd’hui encore de piles ou de batteries.

Feng Fan résume son ambition par une formule radicale : « supprimer les câbles de recharge dans le monde physique ».

Commencer par un clavier, viser la Lune

Cette stratégie a surtout permis à Yanhé de tester rapidement sa capacité à produire à grande échelle.

Selon l’entreprise, elle dispose aujourd’hui d’une ligne automatisée de 100 MW dédiée au photovoltaïque grand public et ses produits sont utilisés dans plusieurs dizaines de catégories d’appareils. Cette première activité est également devenue une source de revenus.

C’est là que l’histoire change d’échelle.

Les mêmes qualités recherchées pour alimenter un petit objet électronique — légèreté, flexibilité et efficacité énergétique — sont aussi particulièrement importantes dans l’espace, où chaque kilogramme envoyé en orbite coûte cher.

Yanhé développe donc parallèlement des cellules photovoltaïques et des ailes solaires destinées aux satellites.

Feng Fan imagine même, à plus long terme, une véritable infrastructure énergétique spatiale : des installations capables d’alimenter des satellites, des centres de calcul en orbite ou, un jour, des équipements installés sur la Lune.

L’entreprise a présenté un « plan 2030 » prévoyant plusieurs étapes de développement de ces systèmes. Une première mission expérimentale est annoncée pour tester notamment des panneaux solaires flexibles et des technologies de transmission d’énergie dans l’espace.

Le projet reste évidemment très loin d’un réseau électrique spatial opérationnel. Durée de vie des matériaux, radiations, transmission d’énergie à distance ou maintenance en orbite : de nombreux obstacles technologiques restent à franchir.

Six financements en un an

Cette ambition a néanmoins attiré les investisseurs.

Yanhé Technology affirme avoir réalisé six tours de financement en douze mois, pour un montant cumulé supérieur à 500 millions de yuans lors de sa série A. Parmi ses investisseurs figurent notamment des fonds liés à Lenovo, NIO, TCL ainsi que plusieurs fonds publics et privés chinois.

Le plus intéressant n’est pourtant peut-être pas l’âge de son fondateur ni même la vitesse de ces financements.

Le parcours de Yanhé illustre une méthode que l’on retrouve de plus en plus dans la nouvelle génération de start-up industrielles chinoises : transformer rapidement une technologie de laboratoire en produit commercial, utiliser le marché pour apprendre à fabriquer à grande échelle, puis appliquer cette capacité industrielle à des secteurs beaucoup plus ambitieux.

Chez Feng Fan, cette logique cohabite avec une forme de romantisme assumé. Il parle de Interstellar, de civilisation multiplanétaire et de l’avenir de l’humanité, tout en se décrivant lui-même comme un simple « ouvrier de l’industrie manufacturière ».

Cette contradiction résume peut-être assez bien son projet.

Son point de départ est un clavier. Son horizon, la Lune.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Incontournables