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Sanofi va chercher l’innovation en Chine

Financement de chercheurs, fonds d’investissement, prises de participation, licences mondiales : Sanofi ne se contente plus de développer et vendre des médicaments en Chine. Le groupe français cherche désormais à intégrer l’innovation chinoise dans son pipeline mondial.

« China a source of innovation ».

La formule figure dans une présentation de Sanofi à ses investisseurs au premier trimestre 2026. Sur une même page, le groupe recense plusieurs collaborations avec des entreprises issues de l’écosystème chinois, ainsi que des investissements et des accords de licence.

Le choix des mots est révélateur. Pendant longtemps, la Chine représentait surtout pour les groupes pharmaceutiques occidentaux un marché, une base de production et un terrain important pour les essais cliniques. Elle devient aussi un lieu où repérer de nouvelles technologies et de nouveaux médicaments.

Un million de yuans pour repérer une idée : les programmes R&D de Sanofi

Depuis 2025, Sanofi a étendu à la Chine deux de ses programmes mondiaux de détection de l’innovation.

Les iDEA-TECH Awards s’adressent aux start-up, biotechs, chercheurs et hôpitaux universitaires travaillant sur des technologies susceptibles d’accélérer la R&D : nouveaux systèmes d’administration des médicaments, imagerie, multi-omique, modèles de maladies, automatisation ou données.

Chaque projet sélectionné reçoit 1 million de yuans, soit environ 120 000 euros, pour une collaboration d’un an avec l’accompagnement d’un expert Sanofi.

Un second programme, les iAwards, applique la même logique à la recherche académique et clinique. Parmi les premiers lauréats chinois figurent notamment des équipes de l’hôpital Huashan de l’université Fudan et de l’Académie chinoise des sciences.

À l’échelle de Sanofi, les montants restent modestes. Mais l’objectif est ailleurs : identifier très tôt des technologies prometteuses et établir une relation avec leurs inventeurs avant même qu’elles n’atteignent le marché.

Du capital-risque au fonds Sanofi-Cathay Fund : de l’amorçage à l’investissement

Plus loin dans la chaîne, les montants changent d’échelle.

En avril 2025, Sanofi s’est associé à Cathay Capital pour créer à Shanghai le Sanofi-Cathay Pharmaceutical Innovation Fund, doté d’environ 2 milliards de yuans. Le fonds cible notamment des médicaments innovants chinois déjà entrés en phase clinique.

Sanofi investit également directement dans certaines entreprises. Dans ses documents destinés aux investisseurs, le groupe cite notamment Expedition, GluBio et QuantX parmi ses prises de participation liées à l’écosystème chinois.

Le dispositif dessine ainsi une progression assez claire : repérer une innovation, l’accompagner, investir, puis éventuellement l’intégrer au pipeline mondial.

Licences biotech en Chine : quand l’innovation devient un actif mondial

C’est dans les accords de licence que le changement apparaît le plus nettement.

Avec Earendil Labs, Sanofi a conclu en 2025 un accord portant sur deux anticorps bispécifiques destinés aux maladies auto-immunes et inflammatoires. Le paiement initial atteint 125 millions de dollars, auxquels pourraient s’ajouter jusqu’à 1,7 milliard de dollars selon le développement et la commercialisation.

Sanofi travaille également avec des entreprises comme BioMap, spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée aux protéines, Insilico Medicine, dans la découverte de médicaments par IA, ou encore Sino Biopharm.

Le mouvement n’est donc plus à sens unique.

Pendant des décennies, le modèle dominant consistait à développer une innovation en Europe ou aux États-Unis avant de l’introduire en Chine. Désormais, certaines molécules ou technologies peuvent suivre le chemin inverse : être découvertes en Chine, puis rejoindre le pipeline mondial d’un groupe français.

Une présence R&D de Sanofi déjà profondément ancrée en Chine

Cette stratégie s’appuie sur une présence scientifique importante.

Sanofi compte plus de 700 collaborateurs en R&D en Chine, avec des implantations notamment à Shanghai, Pékin et Suzhou. Le groupe indique que la Chine participe aujourd’hui à plus de 90 % de ses programmes de développement mondial simultané. Un nouveau centre d’innovation et d’opérations a également ouvert à Chengdu en 2026.

Parallèlement, Sanofi continue d’investir dans la production, avec notamment un nouveau site d’insuline à Pékin représentant environ 1 milliard d’euros.

Recherche interne, partenariats scientifiques, capital-risque et production commencent ainsi à se rejoindre.

Partenariats et bio-IA en Chine : se connecter plutôt que tout acheter

Un élément distingue toutefois la stratégie chinoise de Sanofi : le groupe ne cherche pas principalement à racheter entièrement des biotechs locales.

Il privilégie jusqu’ici des instruments plus souples : licences, collaborations de R&D, investissements minoritaires et fonds spécialisés.

Cette approche lui permet d’accéder à un grand nombre d’innovations sans nécessairement absorber les entreprises qui les ont créées.

Pour les groupes français, cette évolution est révélatrice d’un changement plus large.

Être présent en Chine ne signifie plus seulement y vendre ou y produire. Dans certains secteurs où l’écosystème technologique chinois progresse rapidement, cela peut aussi vouloir dire venir y chercher une partie de l’innovation future.

Chez Sanofi, ce mouvement a déjà commencé.

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