La Coupe du monde 2026 pourrait avoir marqué la fin d’une époque pour Lionel Messi. Mais loin des terrains, le joueur argentin prépare déjà une autre partie.
En 2022, il a lancé en Californie Play Time, une plateforme d’investissement située à l’intersection du sport et de la technologie. D’abord associée à des projets proches du football, elle présente aujourd’hui un portefeuille beaucoup plus technologique : intelligence artificielle, robotique, outils de données et modèles du monde physique.
Parmi ses participations figure désormais World Labs, la société fondée par Fei-Fei Li, chercheuse américaine née à Pékin et professeure à Stanford, considérée comme l’une des grandes figures de l’intelligence artificielle contemporaine.
World Labs développe des modèles capables de comprendre et de générer des environnements en trois dimensions. En février 2026, l’entreprise a annoncé une levée de fonds d’un milliard de dollars auprès d’investisseurs comprenant notamment Nvidia, AMD, Autodesk, Fidelity et Emerson Collective.
Play Time ne précise toutefois ni le montant investi par la structure de Messi, ni le moment exact de son entrée au capital. L’information révèle surtout une évolution plus générale : les grands sportifs ne veulent plus seulement prêter leur image aux entreprises. Ils cherchent à en devenir actionnaires.
Les champions chinois ne sont pas absents de l’investissement
En Chine aussi, plusieurs grands champions ont essayé de convertir leur notoriété et leur patrimoine en capital entrepreneurial. Leur trajectoire est cependant différente.
Le cas le plus proche de celui de Messi est probablement celui de Yao Ming, ancienne star chinoise de la NBA et figure la plus internationale du basket chinois.
En 2016, il a participé à la création de Yao Capital avec des investisseurs professionnels. La société s’est spécialisée dans le sport, les médias, le divertissement et la consommation, avec l’ambition de relier des actifs internationaux au développement du marché chinois.
Comme Play Time, Yao Capital associe le nom et le réseau d’un champion à une équipe capable d’évaluer les entreprises et de structurer les opérations. Mais ses investissements restent davantage ancrés dans l’écosystème sportif et les nouveaux usages de consommation, tandis que Play Time s’est élargi à l’IA, à la robotique et aux technologies fondamentales.
Yi Jianlian, autre basketteur chinois passé par la NBA et longtemps pilier de l’équipe nationale, a suivi une approche plus dispersée. Il a investi dans des entreprises de consommation et de technologie, notamment le fabricant de figurines 52TOYS, tout en confiant une partie de ses capitaux à des équipes professionnelles.
Son modèle relève moins d’une plateforme clairement identifiée que d’une diversification patrimoniale dans plusieurs secteurs.
Une troisième voie est représentée par Deng Yaping, légende chinoise du tennis de table et quadruple championne olympique.
En 2016, un fonds portant son nom a été lancé pour investir dans les compétitions, les infrastructures, les équipements, la formation, la rééducation, le tourisme et les médias. Le projet était étroitement lié au développement de l’industrie sportive dans la province du Henan.
Cette configuration est caractéristique d’une partie du modèle chinois : la réputation d’un champion s’associe à des partenaires institutionnels, à une politique territoriale et à une stratégie industrielle.
Devenir une marque avant de devenir investisseur
Avant l’arrivée de ces fonds, la réussite commerciale la plus emblématique d’un champion chinois restait celle de Li Ning, triple champion olympique de gymnastique aux Jeux de Los Angeles de 1984.
Après avoir quitté la compétition, il a créé en 1990 une marque de vêtements et d’équipements sportifs portant son nom. Celle-ci est devenue l’un des principaux groupes sportifs chinois et une entreprise cotée.
Li Ning représente une génération pour laquelle le prolongement naturel de la carrière sportive était la création d’une entreprise directement liée à l’identité du champion :
champion, puis marque, puis groupe industriel.
Messi suit aujourd’hui une autre trajectoire :
champion, puis plateforme d’investissement, puis portefeuille technologique.
Dans le premier modèle, le nom devient celui d’un produit. Dans le second, il sert à entrer dans des réseaux d’investissement et à prendre des participations dans des entreprises sans lien direct avec le sport.
Deux écosystèmes différents
Les sportifs chinois investissent donc bien, y compris dans certaines entreprises technologiques. Mais leurs opérations restent généralement proches de leurs domaines d’origine : sport, santé, consommation, équipements, médias ou divertissement.
Aux États-Unis, une célébrité peut plus facilement créer un family office ou une structure de capital-risque, puis rejoindre les tours de table organisés par les grands fonds de la Silicon Valley.
La véritable ressource de Messi n’est probablement pas sa capacité personnelle à évaluer un modèle d’intelligence spatiale. Elle réside dans l’équipe constituée autour de Play Time et dans son accès aux réseaux technologiques californiens.
En Chine, les champions ont plus souvent associé leur notoriété à une industrie précise, à un marché de consommation ou à un projet soutenu par des partenaires institutionnels.
Cette différence pourrait toutefois se réduire. La Chine possède aujourd’hui des écosystèmes très actifs dans l’intelligence artificielle, la robotique, les véhicules électriques, le matériel connecté et les technologies médicales. Ses sportifs les plus célèbres disposent, de leur côté, d’une audience considérable.
Ces deux mondes restent encore relativement séparés.
La prochaine génération de champions chinois continuera-t-elle à investir principalement dans le sport et la consommation ? Ou certains créeront-ils des plateformes capables d’entrer dans les tours de table des entreprises chinoises d’IA et de robotique ?
L’investissement de Messi dans World Labs ne montre pas que les sportifs sont devenus des experts en technologie. Il montre que leur influence peut désormais être structurée et transformée en accès au capital.
La question n’est donc plus seulement de savoir ce qu’un champion fera après sa retraite, mais quelle partie de l’économie de demain il cherchera à posséder.




