Il ne s’agit ni d’un avion classique, ni d’un hélicoptère, ni d’un simple drone. Un eVTOL — pour electric vertical take-off and landing aircraft — est un aéronef électrique capable de décoller et d’atterrir verticalement. Dans sa version habitée, il vise à transporter des passagers sur de courtes ou moyennes distances : liaisons régionales, connexions avec les aéroports, secours d’urgence ou nouveaux services de mobilité.
C’est sur ce segment encore jeune que Dong Ming, fondateur et CEO de Volant Aerotech, a choisi de construire son entreprise.
En avril 2026, Volant a annoncé une levée de fonds de 300 millions de dollars en série C. L’opération, menée par LeiShi avec la participation de Sequoia China, Futeng Capital et plusieurs investisseurs historiques, a été présentée comme l’un des plus importants financements réalisés en Chine dans le domaine des eVTOL habités. L’entreprise revendique près de 2 000 commandes d’intention et une trentaine de commandes fermes.
Derrière cette actualité financière, le parcours de Dong Ming éclaire la logique de Volant.
Selon plusieurs médias chinois, il a grandi dans un environnement marqué par l’aéronautique : son père était ingénieur dans le développement d’hydravions bombardiers. Il étudie ensuite l’automatisation industrielle à l’Université de technologie de Wuhan, dont il sort diplômé en 2000, avant d’entrer dans l’industrie aéronautique.
Sa carrière se construit dans des organisations liées à l’aviation civile et aux systèmes embarqués. Il travaille notamment pour AVIC, General Electric, Rockwell Collins et AVIC-jonhon Optronic Technology. Il participe aussi à des programmes importants de l’aviation chinoise, dont l’ARJ21 et le C919.
Cette expérience explique en partie sa manière d’aborder l’eVTOL. Pour Dong Ming, il ne s’agit pas seulement de développer un nouvel objet technologique, mais de concevoir un aéronef selon des exigences proches de l’aviation civile : sécurité, certification, essais, fiabilité et organisation industrielle.
Lorsqu’il fonde Volant Aerotech en 2021, le contexte reste incertain. Le terme « économie de basse altitude » n’a pas encore pris l’importance qu’il aura quelques années plus tard en Chine. Les investisseurs connaissent mal le marché, les usages restent à définir et la certification d’un appareil habité représente un processus long et coûteux.
Mais Dong Ming voit dans l’eVTOL une fenêtre industrielle particulière. L’aviation civile mondiale du XXe siècle a été largement structurée par Boeing et Airbus, tandis que la Chine est longtemps restée dans une position de rattrapage. Avec les eVTOL, la situation est différente : les entreprises chinoises avancent presque en même temps que leurs concurrentes américaines. Elles peuvent s’appuyer sur une chaîne d’approvisionnement électrique développée, une base industrielle solide et un vaste marché intérieur. Pour Dong Ming, c’est l’une des raisons qui rendent ce secteur stratégique.
Volant choisit pourtant un segment difficile : l’eVTOL commercial habité. Son premier appareil, le VE25-100, est conçu avec une configuration à aile composite et une capacité de six places, dont un pilote. L’objectif n’est pas seulement de réaliser des démonstrations techniques, mais de préparer un appareil utilisable dans des scénarios commerciaux.
La méthode de Dong Ming reste marquée par son passé aéronautique. L’entreprise met en avant une approche progressive : prototypes, essais en vol, certification, puis préparation de l’exploitation commerciale. Le VE25 effectue ses premiers vols de démonstration, puis franchit en 2025 une étape importante avec un vol habité.
Le parcours n’a pas été linéaire. En 2023, Volant traverse une période difficile, notamment sur le plan financier. Certains investisseurs se retirent alors que l’entreprise doit continuer à financer ses essais, ses équipes et son développement. Selon les récits publiés dans la presse chinoise, les travaux de R&D, les essais et les démarches de certification se poursuivent malgré tout.
Cette période semble avoir renforcé un trait central de Volant : une culture d’ingénieurs, davantage tournée vers la résolution de problèmes que vers la communication. Dong Ming définit son premier produit avec des mots simples : sûr, robuste, utile. Dans un secteur souvent porté par des promesses futuristes, il insiste surtout sur la fiabilité et l’usage réel.
La levée de fonds de 2026 donne désormais à Volant plus de moyens pour poursuivre son développement. Elle montre aussi que le secteur des eVTOL entre dans une phase plus sélective. Après les annonces et les prototypes, les entreprises devront démontrer leur capacité à obtenir les certifications nécessaires, livrer des appareils, organiser la maintenance et convaincre des clients de les exploiter réellement.
C’est probablement là que se jouera la suite du parcours de Dong Ming. Son objectif n’est pas simplement de faire voler un appareil électrique, mais de transformer cette technologie en produit aéronautique commercialement viable.
L’enjeu reste ouvert. L’eVTOL habité doit encore prouver son modèle économique, sa sécurité à grande échelle et son acceptation par le public. Mais le parcours de Dong Ming montre déjà une chose : dans cette nouvelle industrie, la réussite ne dépendra pas seulement de la capacité à lever des fonds ou à attirer l’attention. Elle dépendra aussi d’une compétence plus discrète, mais essentielle : savoir construire un avion, le certifier, puis l’inscrire dans un usage réel.




